• Le Guide de l'uchronie de Karine Gobled et Bertrand Campeis

     Le Guide de l'uchronie de Karine Gobled et Bertrand Campeis

                              Éditeur : ActuSF                           

    paru le 6 janvier 2015 - 346 pages  pour la version brochée

      (version numérique disponible)

     

    Voici une lecture que je recommande chaudement à toutes les personnes intéressées par l'uchronie (ou histoire alternative) et par tous les concepts qui en dérivent, comme les mondes parallèles, les boucles temporelles, les voyages dans le temps, etc.

    D'une manière générale je le recommande à tous les curieux, ceux qui aiment cogiter et qui se passionnent pour la fiction fantastique au sens large, tant pour ses déclinaisons littéraires (fantastique, SF, fantasy, que ce soit sous forme de romans, nouvelles, novellas, BD ou mangas) que pour les autres expressions de la fictions : films, animés, jeux, musique.

    En effet un des atouts de ce guide est la largeur d'esprits des auteurs quand au traitement du sujet. C'est bien agréable, chacun qui y retrouvera ses petits.

    Ce guide est assez long mais comporte une bonne portion de conseils de lectures, avec fiches détaillées et conseils de lectures croisées, que l'on peut lire ou survoler pour y revenir éventuellement. Des lectures de récits uchroniques mais aussi d'essais sur le sujet. Il propose également bon nombre d'entretiens avec des auteurs, un éclairage très intéressant tant pour le contenu que pour les diverses personnalités qui en émergent : on trouve même des auteurs d'uchronie qui refusent l'existence même de cette notion ! (shocking, je sais ^-^).

    J'ai beaucoup appris de cette lecture, en particulier en ce qui concerne les origines (fort fort lointaines) de l'exercice et sa définition, mais ce qui m'a le plus frappée, et éclairée, est cette nette dualité entre uchronie "sérieuse" et uchronie "loisir".

    (Attention ! Ceci n'est pas la classifications des auteurs, mais le ressenti que j'en ai eu).

    Le premier type d'uchronie est celle qui permet de réfléchir à l'Histoire, d'une manière scientifique, et d'en tirer des enseignements. Ces écrivains sont des historiens et prennent comme point névralgique un événement historique notable, qui n'aura pas eu lieu (assassinat d'une personnalité, victoire lors d'une guerre, attentat, etc.). Le nombre de récits portant sur des variations autour des deux guerres mondiales semble faramineux.

    Ainsi, si l'auteur doit connaître l'Histoire sur le bout des doigts pour écrire une histoire alternative solide, le lecteur doit en être également féru pour apprécier les efforts de l'auteur.

    Le deuxième type regroupe le reste, avec entre autres : l'uchronie personnelle ("que serait ma vie si j'avais raté cet examen, si je n'avais pas accepté cette proposition, si tel proche avait vécu"), le steam-punk (récits où la technologie est venue plus tôt) et tous les récits où le tournant est si radical que l'auteur prend ses aises et propose une histoire complètement réécrite, très décalée, aux parfums fantasy, fantastique, fantasy, steam-punk, ou un peu de tout ça à la fois.

    Ce qui est amusant, à la lecture de cet ouvrage, c'est de réaliser à quel point l'uchronie est partout. On croit ne pas savoir ce que c'est, en avoir jamais lu ni vu, et pourtant !

    Un exemple ? Un de mes films préférés, plusieurs fois cité dans le guide : Un Jour sans fin .

    Un autre ? Harry Potter !

    J'ai eu la réponse à beaucoup de mes questions, comme la fréquence d'uchronie hors tournant historique (rares ; j'ai relevé un roman jeunesse sans lequel la grippe espagnole a donné naissance à des humains dénués de tout odorat - original et fascinant. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que je déplorerais la maigre présence de la biologie dans la fiction), les limites de l’appellation (très larges, pas de snobisme ici !), les perspectives d'avenir du genre.

    Pour finir je tiens à saluer le travail des auteurs, tant pour le fond, qui m'a paru très complet à tout azimut, que pour la forme, le guide est très bien écrit et très fluide, que pour le prix kindle, tout riquiqui. A noter que les deux formats ont leur intérêt, le numérique pour prendre notes et faire des recherches par mots clés, et le papier pour feuilletage, en particulier à la recherche d'une bonne lecture.

    Voilà ! Le dernier à l'avoir lu se verra condamné à refaire en boucle sa pire année scolaire... 3:)

    Partager via GmailGoogle Bookmarks

    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dany T.
    Lundi 8 Juin 2015 à 17:54

    Le problème de l'Histoire (avec un grand H), c'est qu'on se rend compte, à notre époque où les flux d'informations viennent de tous les côtés, à quelle point elle peut être distordue, manipulée... pour accommoder les pouvoirs qui en ont besoin. Peut-on dire que les journalistes font de l'uchronie en live ? Je m'interroge, pour le coup.wink2

    En tout cas, je ne connaissais pas l'expression. Est-ce que l'opposé de l'uchronie dans la SF serait l'anticipation ?

    2
    Mardi 9 Juin 2015 à 10:35

    Je ne sais pas si on peut faire croire à de fausses uchronies... peut-être qui sait ?

    Et oui, l'anticipation est sans doute le contraire de l'uchronie ! :) Mais moins troublante, parce qu'il est bien plus facile d'admettre que le futur est incertain, imprévisible car prêt à bifurquer à la moindre chose, c'est  d'ailleurs même une évidence intuitive, que de tortiller son cerveau pour revenir en arrière jusqu'à un point déterminé puis de refaire tout le chemin vers le futur - soit notre présent - en considérant l'impact de la variante choisie !

    3
    Dany T.
    Mardi 9 Juin 2015 à 22:00

    "Je ne sais pas si on peut faire croire à de fausses uchronies... peut-être qui sait ?"

    Si on prend par exemple, la guerre en Irak, où on a appris à posteriori que les américains avaient fabriqué des preuves pour passer à l'offensive et renverser Saddam Hussein. L'Histoire a été trafiquée, et si nous n'avions pas autant de "fuites" sur internet... elle aurait été telle que les américains l'avaient décrite. Ils sont partis d'un point B, et ont trafiqué ce qui les arrangeaient pour arriver au point C.

    Un écrivain aurait très bien pu partir du point A (avant la guerre) et imaginer que les américains auraient fabriqué des preuves pour arriver au point C...

    Tu m'as suivie, he ?

    4
    Mercredi 10 Juin 2015 à 10:48

    Mmm... ils ont utilisé la technique de l'uchronie, soit. Mais l'uchronie part tout de même d'une réalité, d'une vérité fixe - même si on sait que la vérité est subjective - pour extrapoler de manière fictive. Parce que même si on arrive à faire croire que l'histoire a été différente, le futur de cette histoire (soit notre présent) ne change pas pour autant, il est le même puisque la fausse uchronie repose sur un mensonge !

    D'un autre côté... si les gens pensent différemment, ne serait-ce d'un chouia, le futur bifurque, en effet papillon... o.O

    Humrf, ma tête va exploser *~* (et ça va être très moche)

    5
    Dany T.
    Mercredi 10 Juin 2015 à 15:49

    Tu n'as pas une aspirine, je sens le mal de tête arriver à grands pas !!! he

    6
    Mercredi 10 Juin 2015 à 17:56

    Oh, j'ai bien plus qu'une aspirine, j'ai tout un arsenal :)

    7
    Dany T.
    Vendredi 12 Juin 2015 à 10:52

    Donc comment tu appellerais ça :

    Je suis partie de notre réalité présente, pour extrapoler un évènement possible dans notre futur, et quarante ans après cet évènement (que je considère alors comme une réalité), je raconte la vie des gens qui en subissent les conséquences ?

    ps : je sens qu'on va pouvoir se servir de ton arsenal après cette discussion hautement philosophique !!!

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :